Transe et Folie

Transe Folie

Qu'est-ce que la transe, qu'est-ce que la folie ?
Thierry Esther ne cherche pas à les représenter, mais à les faire vivre — à les rendre sensibles, presque tangibles. Il renonce le plus souvent aux outils : ce sont ses mains qu'il plonge dans la matière colorée, jusqu'à déposer une peau de pigment sur la surface nue de la toile. Peindre, ici, c'est toucher.

Des Lacs de laque
La peau nous sépare du monde et, en même temps, nous relie à lui. Esther travaille cette ambiguïté. Il emploie une laque qui bouge en séchant, se contracte, reste « vivante » — et la stimule avec un outil inattendu, un sèche-cheveux, dont le souffle ride la surface comme le vent ride l'eau. De loin, ces flaques semblent calmes. De près, on voit une peau encore intacte, avant le combat avec le réel.
Cicatrices
Puis vient l'accident. Dans l'élan, la spatule maniée avec trop de ferveur déchire la toile, inflige une plaie. L'excès d'enthousiasme devient destructeur. Mais Esther ne masque pas la blessure : il la coud. La cicatrice reste visible, et donne à l'œuvre une profondeur nouvelle. Les visages qui l'accompagnent portent la trace de cette rencontre violente avec la réalité — et, en même temps, la satisfaction de ceux qui l'ont surmontée.

Au-delà de l'épiderme
Sous la cicatrice, la toile s'ouvre comme une forêt dense, sombre par endroits, lumineuse ailleurs. Des taches lancées avec énergie deviennent des bulbes, des tiges, des troncs. Esther renonce aux figures nettes : il se confie à la peinture abstraite, au dripping, et laisse notre imagination faire le reste. En s'approchant, la forêt se lit autrement — les tiges deviennent des nerfs, les bulbes des neurones, et la toile tout entière une carte de la sensibilité. Qu'est-ce que l'imagination, sinon la capacité de sentir l'autre, de toucher ce qu'il porte en lui ?