Thierry Esther s'est engagé très tôt dans l'invention de son propre langage pictural. La variation des traits, des techniques et des matériaux établit des espaces qui s'affranchissent de nos habitudes de représentation. Le tableau trouve sa cohésion dans une poétique des lieux, réfléchis par les corps.
Cette poétique se fonde sur l'éclat des matières liquides — l'huile, l'acide, l'encre — qui recréent l'architecture des corps et des espaces. Les visions naissent des murs délabrés : la peinture qui s'écaille, les coulures noires des façades, les affiches recouvertes et déchirées, les métaux rouillés. Ces formes ne se révèlent qu'après coup, et ce sont elles qui invitent le peintre à bâtir des architectures nouvelles, à partir des traces du temps et du hasard.
Car c'est bien de figuration qu'il s'agit — une construction avec ses matériaux, ses outils et son langage propres. Il peint à la truelle, couvre de béton, prend appui sur une abstraction première, comme on pose la première pierre d'un bâtiment, puis dresse une composition où les corps et les éléments cohabitent.
Thierry Esther n'est pas l'architecte d'une peinture, mais un peintre des architectures — dans leur fragilité et la beauté du déclin. Celle des corps, des constructions abîmées, des relations entre les êtres. Des mondes qui s'assemblent, et où le regard se déplace sans cesse pour en découvrir toutes les faces.